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Divergence de vue entre IBK et son Haut représentant pour le centre Dioncounda Traoré va-t-il démissionner ?

Par Le Matinal

 

La question de négocier ou pas avec Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa divise la République, avec d’un côté, le Haut représentant du Président de la République pour le centre, le Pr Dioncounda Traoré, qui n’y voit aucun inconvénient si tant est qu’on veut la paix, et le Président IBK lui-même qui, en dépit sa posture ancienne sur la question, semble dire à son Haut représentant, par le biais de son gouvernement, qu’il n’y pas question de négocier avec ces chefs djihadistes. Et comme il fallait s’y attendre, de tel antagonisme crée forcément un malaise au sommet de l’Etat.
Le Pr. Dioncounda Traoré, Haut représentant du président de la République pour les régions du centre, annonçait en effet, lors d’une rencontre avec la presse le 23 janvier dernier, son intention de négocier avec les chefs djihadistes Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. Plus qu’une simple intention, l’homme avait fait savoir qu’il avait même envoyé des émissaires rencontrer les deux figures du djihad dans notre pays, et qu’il serait prêt lui-même à aller personnellement à leur rencontre, s’il le fallait.
Des arguments pour justifier cette option, il en a pour ce faire. «Nous sommes prêts à lancer des passerelles pour dialoguer avec tout le monde… et nous ferons en sorte qu’ils soient convaincus », avait-il déclaré, convaincu que le dialogue est obligatoire à toutes les étapes du processus de paix afin de ramener à la raison ceux qui ont choisi de prendre les armes contre leur propre pays. Et de révéler : « Des émissaires sont déployés sur le terrain afin de mener des actions. Des bénévoles ont accepté de se rendre auprès des populations pour identifier les acteurs clé de la violence. J’ai envoyé des émissaires en direction de Koufa et d’Iyad ».

Si la nouvelle avait surpris beaucoup de gens, pour qui connait la position du Président IBK sur la question, un autre fait allait sonner le glas d’une contradiction certaine au sommet de l’Etat. En effet, le ministre Tiébilé Dramé, lors d’une rencontre avec la presse quelques jours après, affirmait que les propos tenus par le Haut représentant du Président de la République pour ce qui concerne la négociation avec Iyad et Koufa n’engageaient que sa seule personne ! Un ministre peut donc faire remonter la bretelle à celui qui est officiellement investi de la mission d’agir et de parler au nom du Président de la République ? S’étaient interrogés certains observateurs !

Le ministre Dramé a-t-il été mandaté par le Président IBK pour répliquer aux propos de Dioncounda Traoré ? Une seule certitude : le Président IBK a toujours opposé un niet catégorique à toute négociation avec Iyad et Koufa. On se souvient, en effet, que le dialogue avec les chefs djihadistes Iyad et Koufa avait été recommandé par les participants à la conférence d’entente nationale de 2017.

Mais à la grande surprise de tout le monde, le locataire de Koulouba avait clairement écarté cette option. Avec la sortie de Tiébilé Dramé contre les propos de Dioncounda Traoré, il est certain que la position du Président IBK sur la question n’a pas changé d’un iota. Même si on avait pensé que Dioncounda avait parlé sous le contrôle et avec l’autorisation du Président IBK, car sa sortie, vu son rang, officialisait la volonté de l’Etat du Mali à négocier avec les deux chefs djihadistes maliens. Koulouba a-t-il reçu des récriminations sur la question de la part de certains partenaires comme la France et ses alliés, mais aussi des Etats-Unis ?

Pourtant, ceux qui privilégient la négociation avec Iyad et Koufa pensent que ni la France ni les Etats-Unis ne devrait pouvoir nous empêcher de négocier avec Iyad et Koufa, qui sont avant tout des Maliens, et qui ne remettent pas en cause l’intégrité territoriale du Mali. Toujours sur la question, il y a d’autres par contre qui, sans être totalement opposés à la négociation avec Iyad et Koufa, veulent qu’on se garde d’irriter nos partenaires qui sont là pour nous aider. Eux, ils privilégient une position commune sur la question, partagée par les autres Etats de la région, notamment le Niger et le Burkina Faso.

Que va donc faire Dioncounda Traoré ? Va-t-il renoncer à prendre langue avec Iyad et Koufa ? Va-t-il continuer à explorer cette piste qui constitue, à ses yeux, un passage obligé malgré l’opposition du Président ? Ou va-t-il plutôt jeter l’éponge, vu qu’on veut lui dicter la façon de s’y prendre dans une mission censée être exclusivement sienne ?

O. Ouattara

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