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L’Eco en 2020 : un faux vrai CFA, la France toujours gagnante !

L’Eco en 2020 : un faux vrai CFA, la France toujours gagnante !

La création de l’éco en 2020 supposé être la monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est une illusion parce qu’aucun préalable n’a été regelé pour se lancer dans cette aventure. En revanche ce qui est vraisemblable c’est que Macron et Ouattara poursuivent un objectif d’élargissement de la zone franc aux 15 autres États de l’Afrique de l’Ouest.  C’est d’ailleurs pour cela que Ouattara au sortir de son compte rendu à Macron dit que les pays qui remplissent le critère de convergence fixé comme ceux de l’Uemoa peuvent commencer à utiliser  l’Eco en 2020 et les autres suivront.  En vérité, lors du sommet d’Abuja, il y avait deux camps : celui des volontaristes guidés par Ouattara et le camp des réalistes, plus méthodiques, réfléchis et pour qui si monnaie unique, il peut y voir, ce ne serait pas avant 2022. Mais on a vite fait de taire  cette position, plus convaincante.

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Une monnaie unique de la Cedeao, appelé Eco, rimant fort bien avec Euro, dès 2020, porté aussi et surtout à fond par un certain Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire. Voici une belle farce au mauvais goût qui ne manquera pas de faire rire les oiseaux. Combien de fois Alassane Ouattara a-t-il martelé que le franc CFA est une bonne monnaie, adaptée pour le développement de la zone franc, allant jusqu’à souhaiter son élargissement aux autres pays de l’Afrique de l’Ouest ? Combien de fois Ouattara a-t-il traqué ses frères africains détracteurs du franc CFA jusque dans leurs derniers retranchements ?

On a souvenance encore des misères qu’il a faites à l’économiste togolais Kako Nubukpo, ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques (2013-2015) dans son pays et même récemment en 2017, c’est sous la pression du même président que l’économiste a été « brutalement limogé» par Michaëlle Jean à l’OIF. L’activiste Kémi Séba foncièrement anti CFA a lui aussi été traqué après être expulsé d’Abidjan parce qu’il prêche le démantèlement des réseaux France-africains sur le continent et la fin du CFA.

Mais comme par enchantement, c’est brusquement lui, Alassane Ouattara qui se retrouve, soutenant hardiment de toutes ses forces une monnaie unique de la Cedeao. C’est plus que suspect. Il doit bien y avoir anguille sous roche. En vérité, la question que l’on se posait c’est de savoir si cette monnaie qui rime si bien avec l’euro, monnaie que la France partage avec un certain nombre de pays européens, n’est pas un faux vrai franc CFA, finalement étendu aux pays ouest-africains comme l’a toujours souhaité «président Fondateur», leader de la «République Très, Très Démocratique du Gondwana», capitale Yamoussoukro ? C’est manifestement le cas. Il semble que l’Élysée a mandaté son représentant en Afrique de l’Ouest de changer juste le nom du CFA, d’une part et pour faire passer la zone franc de 8 pays à 15 pays la Cedeao, d’autre part. Ce qui permettra à la France de continuer de contrôler la politique monétaire de la zone et de pomper les économies des pays. Pour rappel, en 2016, le journal économique allemand, le Deutsche Wirtschafts Nachrichten  a révélé que chaque année ce sont 440 milliards d’euros qui sont pillé à l’Afrique par la France via le francs CFA. (…) . Avec une telle manne, on comprend que Paris ne veuille pas lâcher l’affaire sauf forcée et contrainte.

La fin du CFA est devenue une aspiration populaire

Que l’on s’entende bien, la fin du CFA et la création d’une monnaie unique de la Cedeao sont devenues depuis quelques années une demande des populations ouest-africaines. Une aspiration somme toute légitime. Cela dit, il y a désormais une adhésion populaire grâce à l’activisme des sociétés civiles.  Mais tenter à changer juste le nom d’une monnaie de singe et rêver d’embarquer notamment le Ghana et le Nigeria dans cette aventure, faisant croire qu’on a une monnaie unique de la Cedeao est une escroquerie que ces pays n’accepteront pas. Ceux qui y étaient déjà, devraient se battre pour quitter. En revanche, une vraie monnaie unique décolonisée, qui n’a rien à voir avec l’euro, ni soumise au diktat de la France, c’est celle que les Ouest-africains attendent.

Tout ce qu’on ne sait pas de l’éco

Pour un objectif politique aussi sérieux aux enjeux énormes que la création d’une nouvelle monnaie, objet de la souveraineté, le bon sens commande que l’on prenne du temps pour faire les choses dans les règles de l’art ; en tout cas si on croit servir réellement les 385 millions d’habitants de la Cedeao. Autrement comment comprendre qu’un bon matin, au détour d’un sommet, le 1erjuin, à Abuja (Nigeria), on décide qu’en 2020, on crée une monnaie unique Cedeao avec un timing aussi improbable qu’utopique ?  C’est trop beau pour être vrai, trop banal pour être réaliste.  Sachant que ces mêmes chefs d’État semblaient ne plus s’intéresser au projet puisque c’est un très vieux projet.

Par ailleurs, on prétend créer une nouvelle monnaie l’année prochaine alors qu’aucun préalable indispensable n’est défini, ni du point de vue technique, ni du point de vue politique voire économique. Tout comme si créer une nouvelle monnaie était un jeu d’enfant. «On n’a réglé aucun préalable. On n’a pas de traité de l’Union monétaire de la Cedeao comme on a un traité de l’UEMOA. Or actuellement on aurait dû être en train de discuter de ce traité, de son adoption, de sa ratification pour que tout le monde comprenne qu’une union monétaire est en train de se créer dans la Cedeao», s’offusque l’économiste Mamadou Koulibaly, ancien ministre de l’Économie et des Finances de la Côte d’Ivoire, fervent militant d’une monnaie commune Cedeao. L’ancien ministre ivoirien note aussi l’absence des statuts de la future Banque centrale de la Cedeao sensée gérer l’éco. Pourtant on est à quelques mois de 2020. Partisan de la fin du CFA, M. Koulibaly se pose une série de questions qui ne sont pas résolues et sans la résolution desquelles objectivement l’eco ne peut être créé l’an prochain.

Des questions sans réponses 

Des questions primordiales : quels seront actionnaires de la future Banque centrale de la Cedeao dans le cadre de l’Eco ? Seront-ils les banques centrales des différentes pays membres comme c’est le cas de la Banque centrale européenne ?  Si les banques centrales des différents ne sont pas actionnaires seront-elles des succursales de la future Banque centrale de la Cedeao sur le modèle de la Bceao dont la maison mère est à Dakar ? Si c’est le cas comment mesure-t-on l’actionnariat et qui est actionnaire de quoi ? Chaque pays contribue à hauteur de combien ? Une fois qu’on sait qui est actionnaire de quoi, comment gère-t-on les déficits nationaux éventuels de chaque pays ? La banque centrale de la Cedeao sera-t-elle autorisée à financer les déficits éventuels des pays et dans quelles proportions ? Quel va être le taux de change de l’éco ?  Toutes ces questions grosses de sens et pleines de pertinence devraient avoir des réponses écrites et rendues public de l’avis de Mamadou Koulibaly. Ce ne sont pas des questions subsidiaires. Elles sont plus que primordiales. Mais Ouattara étant parti à rendre compte à Macron du sommet de la décision d’Abuja a d’ailleurs dit clairement que c’est le CFA qui à terme s’appellera l’éco. Ce qu’on ne nous avait pas dit à Abuja à l’issu du sommet.

La nouvelle monnaie, c’est de la poudre aux yeux

«Je pense que le président Ouattara nous a rendu service. La Cedeao n’est pas encore prête pour la monnaie unique. Elle ne sait peut-être pas comment nous le dire. Mais le peu que Ouattara a pu nous dire montre que la difficulté est grande au sein des pays membres. Il faut qu’on continue de se battre durement contre le Cfa, qu’on continue de se battre forcément pour avoir notre monnaie unique de la Cedeao. Faut pas surtout baisser les bras pour dire ça y est, on a la monnaie unique en 2020».  D’ailleurs qu’on lit entre ligne les propos de Ouattara à la sortie de l’Élysée, c’est qu’il n’y aura pas de monnaie commune en 2020. En vérité, le sommet d’Abuja a passé sous silence le fait qu’il y avait deux camps : le camp des volontaristes et le camp des réalistes. Pour les premiers, guidés par Ouattara, les pays de l’Uemo parce qu’ils auraient un bon critère de convergence commencent à utiliser l’éco en 2020, le temps les autres pays suivent. Pour les seconds, plus méthodiques, il faut créer en 2020 des institutions, la forme de la nouvelle monnaie, le nom, l’union monétaire, les statuts de la banque centrale. Ensuite en 2021, préparer l’adoption, la ratification et faire la campagne de vulgarisation et puis en 2022, la monnaie va être créées.

La traque des anti-CFA

En matière de projet de création d’une monnaie unique et d’abandon du CFA, Ouattara n’inspire pas confiance. Cela n’a jamais été dans ses plans parce que ça porte préjudice à la France. En novembre 2016, interpellé par France24 sur cette monnaie, le président ivoirien avait répondu, presque fâché : «Il y a vraiment du n’importe quoi dans ce débat. Le franc cfa c’est notre monnaie. Donc tout ce débat est un non-sens tout simplement. C’est la démagogie. Et je ne souhaite même pas continuer ce débat. Nous sommes très fiers de cette monnaie, elle marche bien. S’il y a  des adaptations à faire, nous les ferons de manières souveraines». Des positions de Ouattara de cette nature sont légion, quand il s’agit de protéger ses maître de l’Élysée. «Cette monnaie est solide, elles sont appropriées. Les taux de croissances sont parmi les plus élevé sur le continent africain et dans le monde »

 Ostracisme des anti-CFA

Ministre dans son pays, Nubukpo explique que faisant son travail d’évaluation des politiques publiques, notamment la politique monétaire, à la banque centrale, Ouattara a écrit à ses homologues et Faure Gnassingbé, en l’occurrence pour lui dire «ce type ne peut pas rester au gouvernement parce que  ses prises de positions sur la monnaie ne sont pas en phase avec  les prises de position de l’Union». Faure n’a pas trainé à se débarrasser de son ministre pour se trouver un plus accommodant.  Ouattara n’avait pas caché son mépris au travail de l’économiste. Il rapporte ce que lui a dit le président ivoirien. «J’ai eu des échanges à Paris, à Bercy, en février 2015 avec le président Alassane Ouattara qui m’a dit : – ‘’il faut arrêter ce que tu fais  tout de suite ! Il m’a dit il faut arrêter ça tout de suite. Nous sommes des chefs d’Etat, nous savons ce que nous faisons. J’avais attiré l’attention de votre chef d’Etat sur vos propos ».

En novembre 2017, l’économiste se fera licencié de l’OIF toujours sur la pression de Ouattara auprès de Michaëlle Jean, l’ancienne secrétaire générale de l’institution. Auteur de «Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA? », récemment M. Nubukpo expliqué dans une tribune queLe franc CFA agit comme une taxe sur les exportations et une subvention pour les importations. En outre, les pays qui ont l’impression d’avoir une monnaie forte comme ceux de la zone franc ont tendance à importer plutôt que de produire. L’activiste panafricaniste et anti-impérialiste Kémi Seba est aussi traqué par ce même Ouattara. Expulsé de la Côte d’Ivoire sous prétexte de vouloir manipuler la jeunesse (cela rappelle bien le philosophe grec Socrate et la jeunesse athénienne). Voilà donc un dirigeant africain qui ne supporte pas qu’on touche un seul cheveu de la France, qui prêt à ostraciser ses frères africains qui osent dire non à la France. Comment peut-il dans ce cas bien vouloir la fin du CFA.

Rappelons que le projet de la monnaie unique date des indépendances. Faute d’avoir une monnaie unique continentale aussitôt, il était envisagé de créer des zones monétaires régionales dans un premier temps. Depuis 30 ans, pratiquement les réflexions étaient en cours dans la Cedeao.  La création de la monnaie unique régionale était prévue pour la première fois en 2003, mais elle a été reportée à plusieurs reprises, en 2005, 2010 et 2014. Ces dernières années sous la pression des mouvements de la société civiles : le front anti CFA Non au franc CFA, l’ONG Urgences panafricanistes, etc. les dirigeants ont dû ressusciter le projet. D’ailleurs l’annonce de la mise en place de l’éco en l’état actuel, Kemi Séba, le président de Urgences Panafricanistes a rué dans les brancards pour le dénoncer ce qui à ses yeux s’avère une trahison pour les peuples de la région.«Leur objectif est d’élargir la zone UEMOA à tous les autres pays de l’Afrique de l’Ouest ayant leur propres devises nationales. Et donc ils veulent une zone franc élargies, là où les peuples africains veulent la disparition du franc».

Dans la foulée, l’activiste annonce le 14 septembre une manifestation à travers le monde contre l’élargissement du CFA aux autres pays partout dans le monde.  Kema Seba explique ce qu’il reproche à cette monnaie. «Nous ne sommes pas de ceux qui disent qu’il faut jeter l’Eco à la poubelle, non ! Le simple changement du nom témoigne de ce que les présidents nigérian et ghanéens, notamment sont très sensible aux cris du et à la douleurs du prolétariat de l’UEMOA et de l’Afrique de l’Ouest de manière générale.Nous prenons en considération leur compréhension». Il faut que  l’éco soit une monnaie indépendante et autonome. «L’urgence est que l’Eco soit une monnaie au taux de chance flexible, non arrimé à l’euro et dont la direction soit laissée majoritairement au Nigeria et au Ghana»

Par Noël SAMBOU 

 

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