LITIGE FONCIER A BARAOUELI: Plus de 50 familles, spoliées de leurs champs par le maire Cheickna Tounkara

Par L’ Indicateur du Renouveau

Des paysans chassés de leurs champs, traqués et emprisonnés, depuis les premières pluies, sous les ordres du maire Cheickna Hamala Tounkara : voilà le spectacle pitoyable qui se passe à Baraouéli, dans la région de Ségou. Une triste et inquiétante situation qui risque de faire basculer la ville dans l’insécurité alimentaire, si les victimes ne sont pas mises dans leurs droits, le plus rapidement possible.
De quoi s’agit-il ?
Depuis 2017, un litige foncier oppose le maire de Baraouéli à certains propriétaires de champs.
En effet, sur la base d’un schéma directeur d’urbanisme très contesté par la population, le maire Cheichna Hamala Tounkara, un natif de Baraouéli, tente de spolier plus de 100 hectares de terres cultivables à 54 familles qui vivent expressément de l’agriculture.
Les zones litigeuses (les parties Est et Nord de Baraouéli) ne seraient pas incrustées dans le schéma directeur que brandit le maire. Alors, l’édile aurait roulé les services techniques des Domaines et de l’Urbanisme et l’ancien gouverneur de la région de Ségou, à l’époque, Georges Togo, pour le faire signer l’arrêté N°1300-GRS-CAB du 27 décembre 2017, à quelques mois de sa retraite.
Selon les victimes, cet élu local tente, depuis les premières heures de son accession à la mairie, de spolier les agriculteurs de leurs champs « sans autres formes ».
« Nous vivons dans une inquiétude permanente depuis l’arrivée de ce maire en 2017. Parce que depuis le lendemain de son élection, il tente de nous retirer nos champs sans autre forme pour des fins de lotissement, alors que tout le monde sait que Baraouéli est une ville agropastorale.
Comment vouloir chasser les gens qui ne connaissent autres chose que l’agriculture et qui exploitent des champs depuis plus d’un siècle sans leur montrer où aller », s’interroge Aba Sylla, propriétaire de champs et de verger.
Pour ce sexagénaire qui nourrit des dizaines de bouches, au départ, les paysans auraient tenté d’engager des pourparlers avec le maire, afin de sursoir à ce projet qui mettrait des familles en péril.
« Nous sommes allés lui voir pour lui proposer de commencer à exploiter les terres non cultivables d’abord, dont la superficie est encore plus vaste. Il nous a répondu qu’il n’a aucun compte à rendre aux paysans et que rien ne peut l’empêcher. Certes, nous savons que toutes les terres appartiennent à l’Etat, mais il y a une manière de les prendre », explique Aba Sylla.
Le maire, le chef de village, l’imam et la jeunesse en coalition
Aussi, les paysans accusent le chef de village, l’imam et la jeunesse de coalition avec le maire, pour faire régner la terreur et l’injustice sur la ville.
« Ce sont le maire, le chef de village, l’imam et quelques représentants des jeunes qui sont en connivence pour nous retirer nos champs, qui restent nos seuls héritages », affirme Hamala Camara, secrétaire général de l’association des 54 propriétaires de champs.
« Comment une autorité élue pour le développement d’une zone peut retirer plus de 200 hectares aux agriculteurs en pleine hivernage ? », s’interroge, M. Camara.
L’ombre d’une inévitable famine plane sur la ville
Par les agissements du maire et ses acolytes, l’ombre d’une inévitable famine plane sur les 54 familles, qui n’ont pas encore commencer les travaux champêtres.
Du coup, l’inquiétude, la déception sont le quotidien de ces chefs de famille qui craignent pour leur survie et celle de leurs familles à défaut de pouvoir exploiter leurs champs.
« On nous empêche de cultiver nos champs que nos grands-parents ont exploité. Alors comment allons-nous nourrir nos familles ? Donc c’est la famine qui attend tous ces paysans », déplore Samba Sacko, victime de cette spoliation.
Quant à Lassana Wagué, conseiller à la mairie et paysan, il s’inquiète de l’exacerbation de cette crise, et constate un paradoxe dans les actions de l’autorité communale.
« Nous entendons en longueur de la journée qu’il faut aider les paysans pour assurer la sécurité alimentaire, mais c’est en même temps que certaines autorités sont en train d’empêcher les agriculteurs à exploiter leurs champs, en les mettant en prison. Vous avez constaté qu’on n’a pas encore labouré nos champs, parce que tous les jours, les gardes rodent ici pour nos empêcher de travailler. Même aujourd’hui (jeudi 8 juin, ndlr), ils sont venus ramasser nos matériels », regrette le conseiller communal
La justice pour éviter l’instabilité
Aujourd’hui, ces paysans ayant utilisé tous les moyens légaux, pour être mis dans leur droit, en vain, sont au bord du supplice.
Pour l’éviter, ils invitent les plus hautes autorités à s’impliquer pour trouver un dénouement heureux à cette crise qui risque de faire basculer la ville dans l’instabilité.
« On a tapé à toutes les portes pour essayer de trouver un terrain d’entente, en vain. Aujourd’hui, nous nous demandons si Baraouéli n’est pas un Etat dans un Etat. S’ils veulent prendre nos champs, il faut qu’ils nous montrent d’abord où aller, sans ça nous sommes maintenant prêts à tous les sacrifices, même ultimes pour défendre nos champs qui sont les seules sources de vie pour nous », s’insurge, Samba Sacko.
Pour Ousmane Bassou, également victime, c’est pour rester derrière la loi que les paysans ont jusqu’ici écarté toutes les formes de violences.
« Baraouéli est aujourd’hui en otage, parce que le maire, le chef de village, l’imam et la jeunesse se sont coalisés pour faire régner l’injustice. Si nous continuons à être piétiner comme ça, c’est parce que nous sommes jusqu’ici restés derrière la justice », déclare-t-il.
Par ailleurs, les paysans demandent la libération de leurs camarades, arrêtés et incarcérés pour avoir tenté d’exploiter leurs champs.
Une affaire qui interpelle les plus hautes autorités du pays, qui doivent y chercher à voir clair. Car il n’est un secret pour personne, les chaudes larmes des pauvres paysans, dépossédés de leurs champs en plein hivernage, sont plus dévastatrices que les armes à destruction massive.
Balla Soumaïla Traoré, envoyé spécial à Baraouéli

 

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