Mme DAKOUO SANIHAN VERONIQUE DAKONO, GRADEM : « Le gouvernement devrait prioriser la protection des jeunes filles aide-ménagères »

Par L’ Indicateur du Renouveau 

 

Dans le cadre de la Journée internationale des droits de l’Homme, célébrée le 10 décembre de chaque année, l’Indicateur du Renouveau a rencontré la directrice du centre de protection pour jeunes filles en détresse dénommé « Bamunan, espoir et vie » de l’ONG Groupe de recherche action droits de l’enfant Mali (Gradem), Mme Dakouo Sanihan Véronique Dakono. Avec elle, nous avons évoqué la protection des jeunes filles aide-ménagères dans notre pays.

IR : Pourquoi un projet dédié à la protection des droits des jeunes filles aide-ménagères ?

Mme Dakouo Sanihan Véronique Dakono : Le travail domestique des jeunes filles n’est pas reconnu dans les textes du Mali. Les jeunes filles aide-ménagères constituent une catégorie très importante de personnes vulnérables et exposées à toutes sortes de violences, d’abus, d’exploitation économique, sexuelle, voire le meurtre dans l’exercice de leur emploi, sans compter la discrimination dont elles sont sujettes.
La mission du Gradem étant de contribuer au développement d’un environnement protecteur qui promeut et garantit les droits fondamentaux des enfants et des femmes, nous avons décidé d’élaborer et de mettre en œuvre un projet dédié à la promotion et la défense des droits de jeunes filles aide-ménagères. Nous avons deux types de projets en faveur des jeunes filles aide-ménagères, qui sont un programme sur la prévention dans 9 communes (86 villages) d’intervention concernant les régions de Koulikoro (cercle de Dioïla, de Ségou (cercle de Ségou), Mopti (cercle de Bandiagara) et le district de Bamako et un programme de prise en charge des jeunes filles victimes qui sont accueillies dans le centre de protection du Gradem dénommé « Bamunan, espoir et vie ».
IR : Quels sont les objectifs et la durée de ce projet ?

Mme Dakouo Sanihan Véronique Dakono : Dans notre plan stratégique 2019-2024, nous nous sommes fixés comme objectifs la constitution d’un réseau dynamique en amont et en aval, de plaidoyer pour la lutte contre le travail des enfants et pour démultiplier l’action du Gradem en faveur de l’enfance ; la contribution à une utilisation responsable des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) par les enfants de 10 à 17 ans et les jeunes de 18 à 25 ans dans les régions de Ségou, Koulikoro, Mopti et le district de Bamako ; le renforcement de l’interaction entre les missions sociales du Gradem (travail de terrain, plaidoyer et réflexion sur l’enfance).
IR : Combien de jeunes filles aide-ménagères sont concernées et dans quelles localités ?

Mme Dakouo Sanihan Véronique Dakono : Le projet va concerner cinq mille (5000) jeunes filles aide-ménagères actives à Bamako d’ici à fin 2024, dont 3215 déjà touchées à la date de décembre 2020. A travers les actions du centre de protection « Bamunan, espoir et vie », nous allons réhabiliter 400 jeunes filles aide-ménagères mineures victimes de maltraitance, d’exploitation, d’abus dans le travail domestique d’ici fin 2024. Le projet touche également 5300 enfants de groupements scolaires des communes rurales dont 3000 filles pour les actions de prévention contre l’exode rural précoce et soutien à la scolarisation de tous les enfants sans distinction de sexe.
IR : Avez-vous des partenaires dans la mise en œuvre du projet ?

Mme Dakouo Sanihan Véronique Dakono : Le gouvernement malien est un partenaire privilégié pour nous à travers l’accord-cadre n°001506 du 24 octobre 2018 signé entre les deux parties. C’est dans ce sens que nous travaillons régulièrement avec le ministère de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille et ses démembrements régionaux et locaux. Dans la mise en œuvre de ce projet, nous avons des partenaires notamment Kinderrechte Afrika e.v. (KiRA), Terre des Hommes, Oxfam/Voice, l’ONG internationale Journée mondiale de prière pour femmes (JMPF), l’association Cœur au Mali.
IR : Avez-vous un appel à lancer ?

Mme Véronique Dakono Dakouo Sanihan : Nous demandons en premier lieu au gouvernement de prioriser la protection de l’enfant, dont les jeunes filles aide-ménagères dans ses engagements, de finaliser de la relecture du code de protection de l’enfant, de booster, dans l’agenda du gouvernement avec le ministère des Affaires étrangères et celui du Travail, la ratification de la Convention 189 de l’OIT, d’intégrer la formation professionnelle des jeunes filles aide-ménagères (travailleuses domestiques) dans le programme de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes, de favoriser et soutenir l’accès formel des jeunes filles aide-ménagères par la création d’agence d’orientation de placement à l’emploi spécialisé des jeunes filles aide-ménagères (travailleurs domestiques) pour une meilleure protection de leurs droits.
Aux employeurs des jeunes filles aide-ménagères, nous demandons d’engager les jeunes filles aide-ménagères formées à travers des agences d’orientation et de placement pour plus de satisfaction et de veiller au respect des droits de jeunes filles aide-ménagères en humanisant ce travail par des conditions dignes pour tout être humain.
Quant aux jeunes filles aide-ménagères, nous les exhortons à prioriser leur accès à l’emploi à travers les agences d’orientation et de placement à l’emploi pour une meilleure protection de leurs droits et une meilleure formation sur leurs devoirs, à respecter leurs devoirs de travailleuse domestique et de se former pour un travail de qualité bien rémunérer avec des conditions décentes.
Nous remercions les partenaires techniques et financiers pour leur soutien tout en sollicitant leur accompagnement pour la mise en œuvre de nos programmes de protection, particulièrement celui sur les Ntic. Nous restons ouverts à la synergie avec d’autres organisations pour démultiplier nos expériences partout au Mali.

Propos recueillis par Abdrahamane Diamouténé

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