YOUSOUF COULIBALY, promoteur de Kéné Yiriden : « La mangue malienne est la plus prisée en Europe »

Par L’ Indicateur du Renouveau

Pionnier dans le séchage de la mangue au Mali, président de la Fédération nationale des sécheurs de mangues et membre de l’Interprofession de la filière mangue du Mali (IFM), Youssouf Coulibaly est le promoteur d’une unité de séchage et d’exportation de mangue, Kéné Yiriden basée à Sikasso. Youssouf Coulibaly qui est, aujourd’hui, le plus grand producteur et exportateur de mangue séchée au Mali, a accordé une interview au journal l’Indicateur du Renouveau.

IR : Parlez-nous de votre activité
Y. C. : L’activité principale de Kéné Yiriden est le séchage et l’exportation de la mangue. On a choisi cette activité parce que Sikasso est un bassin de production de mangue et à Sikasso, la plupart de nos mangues sont exportées fraiches. Celles qui ne peuvent pas être exportées, on les transforme. En les transformant, nous créons de la valeur ajoutée et surtout des revenus pour le producteur en brousse parce que dans un champ, il y a certaines variétés qui ne peuvent pas être exportées fraiches telles que l’Amelie, la Brouks.
On est obligé de les transformer pour les exporter en Europe pour que le producteur profite de ses fruits. Notre campagne s’étend sur trois mois, de mai à juillet. Nous transformons généralement quatre variétés de mangues qui sont Amelie, Brooks, Kent et Keith. Nous employons 187 personnes. Nous évoluons dans l’Interprofession de la filière mangue du Mali (IFM) qui regroupe cinq maillons qui sont les pépiniéristes, les producteurs, les pisteurs, les exportateurs et les transformateurs.
IR : Quelle est la quantité de mangue séchée que vous produisez par an ?
Y. C. : Au minimum, nous produisons 60 à 70 tonnes de mangues séchées par an. Il faut 23 tonnes de mangues fraiches pour avoir une tonne de mangue séchée. Si on convertit nos 70 tonnes de mangues séchées en mangues fraiches, ça va donner une quantité énorme. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir une technologie venue d’Afrique du Sud qui nous a permis d’augmenter notre production et qui donne une coloration très souhaitée par nos clients.
IR : Vous exportez quelle quantité et dans quel pays ?
Y. C. : Nous exportons 95 % de notre production annuelle en Allemagne, en Angleterre et en Suisse. Sikasso a eu la chance d’être le plus gros bassin de production de mangue du Mali. Aujourd’hui, la mangue malienne est la plus prisée en Europe. Vu la production annuelle de mangue fraiche à Sikasso, nous sommes en train de voir une extension de notre unité pour produire au minimum 300 tonnes de mangue séchée par an qu’on arrive à exporter. C’est notre objectif aujourd’hui.
IR : Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?
Y. C. : Les difficultés aujourd’hui ce sont les mouches de fruit. Les manguiers deviennent aussi vieillissants. Les changements climatiques jouent beaucoup sur la production de mangue. Pour le séchage de la mangue, nous utilisons beaucoup les bouteilles de gaz de 12 et de 35 kg qui ne sont pas subventionnées dans notre pays. Comparativement aux autres pays avec qui nous sommes en concurrence sur le marché mondial, ces mêmes bouteilles de gaz sont subventionnées. Cela est dû aux moyens de l’Etat malien. Mais le Mali, c’est notre pays. On doit l’encourager et l’aider.
IR : Avez-vous un appel à lancer ?
Y. C. : L’appel que nous pouvons lancer aux autorités, c’est d’aider nos entreprises de transformation de fruits et légumes. A Kéné Yiriden, notre personnel est composé à 95 % de femmes. Nous pouvons dire que nous contribuons à la promotion de la femme au Mali. En aidant nos entreprises, l’Etat aide ces femmes.
Je demande aux autorités de chercher à connaitre la mangue séchée. Je sais que, dans les jours à venir, quand les décideurs politiques vont comprendre que la mangue est un produit d’exportation qui peut apporter beaucoup à l’économie malienne, ils vont prendre des précautions. Regardez un pays comme le Burkina Faso qui est très en avance sur nous dans la transformation de la mangue ! La Côte d’ivoire a commencé le séchage de mangue après le Mali. Mais aujourd’hui, les Ivoiriens veulent nous dépasser dans ce domaine parce que l’Etat ivoirien a mis le paquet.
Si on arrive à créer beaucoup d’usines de transformation de nos produits locaux, on peut réduire l’émigration irrégulière de nos jeunes vers l’Europe. Aujourd’hui, le prix du coton baisse. Si ces cotonculteurs avaient tous deux hectares de manguiers, ils pouvaient avoir une alternative. Notre climat est favorable à la production des fruits et légumes, nos autorités devraient penser à rentabiliser davantage ce secteur.
Propos recueillis par Abdrahamane Diamouténé

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