Axe Fana-Bèlèko-Mèna-Kignan-Doumanaba-Gongasso :Le calvaire des usagers suite à la panne du bac de traversée

Chaque année, d’août en octobre, les populations des communes rurales de Dondougou et de Nankola (dans le cercle de Dioïla) utilisent le bac pour traverser le fleuve, le pont reliant les deux communes étant submergé à cette période de l’année. Mais, ledit bac est à l’arrêt, depuis une vingtaine de jours, à cause d’un problème de moteur, plongeant les populations dans un calvaire, qui demandent la construction d’un pont et le bitumage du tronçon reliant la commune de Fana à la route nationale 11 (RN 11) en passant par Bèlèko, Ména, Kignan Doumanaba et Gongasso.

Depuis une vingtaine de jours, les véhicules sont bloqués au bord du fleuve de Sorokoro à 47 km de Fana et principal point de transit des personnes et des marchandises entre Fana et Bèlèko, situés dans le cercle de Dioïla, chef-lieu de région.
En effet, le bac qui assure la traversée du fleuve des personnes et des véhicules est tombé en panne entraînant des difficultés pour les populations riveraines et au-delà.
« Ce bac est capital pour nous. J’arrive de Fourou, dans le cercle de Kadiolo. D’habitude, je voyage avec ma voiture, mais quand, on m’a dit que le bac était en panne, j’ai pris la moto. Arrivé ici, j’ai été obligé de prendre une pirogue pour traverser le fleuve de Sorokoro. C’est un calvaire. Nous demandons aux autorités de réparer rapidement ce bac et de bitumer la route qui relie Fana à Bèlèko», lance Baba Kouyaté, descendu d’une pirogue pour traverser le fleuve de Sorokoro, le samedi 29 octobre 2022.
Madani Konaté, commerçant et transporteur, laisse aussi éclater sa colère. « Ce que nous avons perdu pendant ces 20 jours est inestimable. A cause de l’arrêt du bac, nous dépensons plus d’argent. Hier (samedi, ndlr) j’ai dépensé près d’un million de FCFA pour un camion de 30 tonnes qui est passé par Koutiala et Ségou pour arriver à Bamako contre 300 à 350 000 FCFA sur ce tronçon. Il faut confier sa gestion soit aux transporteurs, soit aux commerçants, qui vont payer la location. Mais, la solution définitive à ce problème est le bitumage du tronçon reliant Fana à Bèlèko et qui va rejoindre la RN11, sinon nous continuerons à souffrir sur ce tronçon », fulmine-t-il.
« Le prix de certains produits de première nécessité ont grimpé à cause de cette panne du bac. Les commerçants font plus de dépenses pour acheminer leurs marchandises dans nos villages. Nos malades et les femmes enceintes aussi ne sont pas évacués à temps sur Fana. Même l’ambulance n’arrive pas à passer », regrette le chef du village de Sorokoro, Youssouf Dembélé.
Du côté des maires des communes rurales de Dandougou et de Nankola, c’est également l’incompréhension concernant la gestion du bac. « Nous voyons ce bac travailler seulement. Nous ignorons s’il rapporte de l’argent ou pas. Depuis cette panne, à chaque fois que nous avons interpellé le préfet de Doila, il nous dit que c’est un problème de moteur et qu’ils vont chercher un autre moteur. En attendant, nos populations souffrent. On nous parle d’un comité de gestion du bac dont aucun ressortissant de notre commune ne fait partie. Où vont les recettes générées par le bac ? », s’interroge Drissa Traoré, maire de la commune de Nankola avant d’ajouter : « Nous allons rencontrer le préfet, nous sommes des élus soucieux du bien-être de nos populations. S’il ne peut pas gérer le bac qu’il confie sa gestion à nos deux communes et au Conseil de cercle de Diolila. Nous soutenons la transition, nous demandons aux autorités de bitumer cette route. Il y a déjà eu une étude de faisabilité, que les autorités ne s’arrêtent pas à cette étude. Nous souhaitons que notre route soit bitumée ».
Le maire de la commune de Dandougou, Gnito Dembélé, affirme également ne rien savoir de la gestion du bac. « Je suis le maire de Dondougouu, depuis 20 ans. Je n’étais pas informé de la gestion du bac. C’est le samedi que le nouveau préfet nous a invités à une réunion du comité de gestion mis en place. Quand le bac sera réparé, nous allons parler de la gestion des recettes. Nous avons besoin d’un pont sur le fleuve et d’une route bitumée pour sortir définitivement de ce problème », a-t-il déclaré.
Même son de cloche du côté du président de la Société civile de Fana, Lamine Dembélé, qui dénonce le comportement des autorités locales sur la situation du tronçon Fana-Bèlèko. « Toutes les autorités de ce pays sont au courant du problème de ce tronçon. Depuis le temps de Moussa Traoré, cette route n’a pas été réparée comme il faut. Nous avons interpellé tous les Présidents qui ont eu à diriger ce pays. Dans tout le cercle de Dioïla, cette route est la plus fréquentée en termes de transport de marchandise. Nous sommes des citoyens maliens, nous payons nos impôts, nous méritons le bitumage de cette route, le plus rapidement possible », a-t-il indiqué.
Au niveau de l’administration à Dioila, le préfet n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Par contre, le nouveau chef de subdivision des routes de Dioïla, Oumar Touré, assure que tout est presque prêt pour que le bac reprenne ses activités.
« J’ai trouvé que le premier moteur du bac est gâté, il y a 5 ans. Le second moteur qui était à bout de souffle s’est arrêté, il y a 20 jours. D’après mes informations, le bac était géré par mon prédécesseur et l’ancien préfet, mais je préfère mettre un point d’interrogation là-bas. L’administration est une continuité ».
Et d’expliquer : « Le nouveau préfet a mis en place un comité de gestion conformément à l’arrêté interministériel N°2015 -3586/METD du 23 sept 2015. Ce comité gestion est composé du Chef de subdivision des routes, du Chef de subdivision des transports terrestres et fluviaux, du Commandant de la brigade territoriale de la gendarmerie, du président du Conseil de cercle, du Commissaire de la police, du Commandant de la Protection civile et du maire de la commune concernée. Le préfet assure la présidence du Comité. Aujourd’hui, nous avons pu trouver un moteur d’occasion, qui marche parfaitement, nous allons faire des petites réparations et faire traverser ceux qui sont là-bas, depuis plus de 17 jours. La mise en place de ce Comité de gestion a beaucoup facilité les choses. La traversée des motos était à 500F, les petites voitures à 2 500 F et les gros porteurs à 4 000 FCFA. Au Mali, la gestion du bac dépend des localités, malgré l’existence du décret interministériel.
Dans certaines localités, c’est la jeunesse qui gère. Je voudrais qu’on trouve une autre solution. Par exemple : confier la gestion du bac à l’autorité routière, que ça soit la continuité de la route sur l’eau. L’autorité routière va recruter des gens ».
En tout cas, la plupart des acteurs locaux estiment que le bac n’est pas une solution durable. Par conséquent, ils demandent le bitumage de l’axe Fana-Bèlèko-Mèna-Kignan-Doumanaba-Gongasso avec la construction d’un pont à Sorokoro. Ce qui s’avère la seule solution durable permettant de désenclaver la localité, surtout en garantissant une meilleure mobilité. C’est aussi le combat du Mouvement Siraba depuis 2017, conformément à la promesse faite par le gouvernement en mai 2015 dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG).

Source: L’ Indicateur du Renouveau

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